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Si l’analyse transactionnelle nous était contée…

Entre nous, je vous avoue volontiers mon goût pour la tradition orale bretonne : sa langue, le breton ou le gallo, ses chants et… ses contes.  Quand le conteur se livre, c’est le fruit unique d’une rencontre d’au moins deux interlocuteurs. En Bretagne, la tradition orale, aussi nommée « Oralité » ou « Orature », fait partie intégrante de la culture. Ce patrimoine immatériel loin de s’estomper est au contraire en expansion. Je me suis prise de jeu de vouloir explorer le processus relationnel lié au conte sous un regard transactionnaliste. Permettez moi de vous le partager.

La veillée, un cadre privilégié pour la communication

L’origine du conte retenue par plusieurs spécialistes de la tradition orale bretonne est la veillée. Souvent organisée lors de longues soirées d’hiver, elle permettait à la paysannerie d’oublier les problèmes du quotidien. Aujourd’hui, cette tradition perdure encore. Conter des histoires, c’est avant tout créer un rapport privilégié entre le conteur et son auditoire. Pour que celui-ci ait l’esprit libre et que la parole soit entendue, il faut un cadre particulier. Pour cela, la veillée suit une mise en scène, un cérémoniel. La notion de structuration du temps de l’analyse transactionnelle (AT) y prend ici tout son sens.

Au commencement, le conteur s’assoit, seul, et se concentre. Puis il quitte ce retrait et prépare son public. Certains tracent un cercle magique pour permettre le passage du monde réel au monde imaginaire. Notre conteur, ici, va racler sa gorge. C’est le signal qu’il va parler. Tous le savent : la veillée va commencer. En réponse à ce rituel, le silence gagne la salle. Le conteur présente d’abord les personnages, le cadre de l’histoire : « Pour ceux d’entre vous qui ne le savent pas, nous sommes à Brennilis. On raconte qu’un jour, un bossu vint à passer près d’une clairière… ». L’assistance s’immerge peu à peu dans l’Irréel. Chacun va occuper agréablement le temps, mais sans trop s’impliquer, juste en écoutant. En AT, on nomme cela le passe-temps. Le conteur parle aussi de l’histoire locale, témoigne de ce qui fut et de ce qui est. Il relate la tradition et les rites locaux. On peut imaginer qu’en venant ici, chacun cherchait volontiers une part d’initiation. J’émets alors l’hypothèse d’un but commun entre le conteur et son auditoire : le divertissement et l’instruction. On parle là d’activité. L’implication de chacun augmente. Un lien se créé peu à peu entre les acteurs. Lorsqu’ils finissent par construire une relation authentique, même fugace, une connexion. Lorsqu’ils partagent tous de la joie et des rires joviaux moquant les korrigans, alors l’intimité est là. Par la suite, ils joueront ensemble à varier les plaisirs, signe que chacun a trouvé sa place dans le groupe.

Qu’est-ce qui se joue ?

Le conteur s’installe. La bouche s’ouvre et les oreilles se déploient. C’est la rencontre de deux personnes. Encore aujourd’hui, il s’agit pour le public de lâcher le quotidien et de se distraire. Mais l’intérêt n’est pas tant pour le conteur de faire peur avec la faux de l’Ankou ou de partager les espiègleries des korrigans. C’est d’inviter à un voyage initiatique. Grâce aux sagesses populaires, le conteur véhicule les traditions, les croyances et aussi les formes de morales : il met en garde contre les conduites à éviter, conseille. Il transmet aussi la Connaissance du Monde : témoigne de la vie passée et des traditions du Monde. Et il le fait avec ses mots, son regard, ses mimiques, sa voix et sa propre vision du monde ; En somme, il partage son propre cadre de référence. C’est ainsi que dans l’action de conter, deux cadres de référence, celui du conteur et celui de l’auditeur, se rencontrent.

Si l’auditeur est jeune, l’orature peut participer à la création de ce cadre de référence : Elle peut transmettre l’histoire, l’Histoire, des éléments culturels, des éléments éducatifs. En d’autres termes, si l’auditeur l’intègre comme partie de sa propre culture, de son vécu personnel. Si l’orature participe à la création de filtres, si elle structure la façon qu’à la personne de voir le monde.

Quand l’auditeur grandit, l’orature peut tenir, pour le conteur, différentes fonctions :

  • Expliquer le cadre de référence, partiellement commun ou totalement dissemblable de celui de l’auditeur, permettre à ce dernier de le comprendre,
  • Confronter ou renforcer le cadre de référence de l’auditeur,
  • L’élargir ou l’assouplir.

Dans tous les cas, la veillée offre dans l’ici et maintenant, pour les deux partenaires : un cadre d’appartenance, un cadre commun. Leurs existences entrent en résonance.

Une fois le lien établi, le conteur conte…

… et la relation commence. Les trois Etats du Moi (1) du conteur rencontrent  les trois Etats du Moi de l’auditeur. Alors, je m’interroge… Je suis maintenant conteuse. Le public s’est rassemblé ce soir autour du feu. Il attend patiemment l’histoire promise comme des enfants qui savent que leur parent viendra les border. Les spécialistes parlent d’écoute respectueuse. Moi, j’observe l’Enfant. Vais-je répondre à leur désir et les rassurer en m’exécutant comme une Bonne Mère ou vais-je répondre à leur invitation en jouant avec eux dans ce royaume imaginaire comme l’Enfant que je suis ?

Je parle de l’Ankou. De ces soirs où il ne faut pas sortir pour ne pas le croiser ou des nuits, où celui qui entend grincer sa charrette, va passer de vie à trépas le jour suivant… Je me lève et circule dans l’auditoire, détaillant la maigreur du vieil homme, l’éclat de sa lame, puis silence. Mon imaginaire dialogue avec l’imaginaire de mon public. Je vois des yeux écarquillés, inquiets, des bouches s’assécher, les gorges se nouer, les corps se contracter… Je vois l’expression de l’Enfant en eux, l’Enfant libre, celui qui cache les peurs et leur pulsion primaire de courir vite si la pression est trop forte.

Je parle de la facétie des korrigans, de l’espièglerie dont ils font preuve face aux personnes malintentionnées : « Quiconque essaie d’entrer dans la ronde des korrigans se voit piégé toute la nuit jusqu’à épuisement ! Ce sont des êtres facétieux qui peuvent se révéler dangereux. » Je vois dans la salle de la joie d’abord puis de la stupeur. J’entends : « C’est une juste réponse ! Il s’est mal conduit ! ». Par la symbolique, je viens de leurs donner quelques règles de vie, quelques codes culturels. Ai-je pour autant exprimé mon Parent, mon Enfant ?

 

Voici juste effleuré, sous un regard transactionnaliste, ce que le conte, par son propos (contenu) et par sa mise en mots (processus) m’offre de découverte de l’Autre, mais aussi de découverte de moi. Qu’en est-il pour vous?

 

 

 

(1) Etats du Moi : Systèmes cohérents de pensée et de sentiment, mis en évidence par des types de comportements correspondants 

Sandrine Pierre 66 articles

Coach professionnelle et formatrice : OKness, authenticité, écoute active, bienveillance, place à l’inattendu, créativité, plaisir, efficacité, réalisme participe de ma posture de coach.

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